Zhom!

A force de chercher sans trouver une façon simple de faire entendre que le féminisme n’est pas un combat concernant (exclusivement) les femmes mais également les hommes, j’avais fini par abandonner à l’inéluctable et lente évolution des moeurs le soin de faire son oeuvre. Et puis…

Il suffit parfois d’une toux nocturne, de celles qui vous réveillent, ou vous empêchent de dormir, suivant le moment où elles commencent. Qui vous propulsent à gauche, à droite, en position assise… et finalement sur la tablette numérique, dont on regrette soudain beaucoup moins le risque qu’elle fait courir au couple en s’étant installée si systématiquement à côté du lit.

GETA (GIYF en version originale)

Google n’a pas son pareil pour finir la phrase improbable que vous aviez en tête : quand je demande à stopper la toux, le mot « nocturne », proposé immédiatement, me procure un premier réconfort algorithmique. Je me sens moins seul au milieu de cette confrérie invisible qu’une même communauté de destin a réuni et réunit encore, de façon différée et perpétuelle.

Passons rapidement sur la solution au problème, un oignon coupé en deux posé au bord ou en dessous du lit (ça marche). Ce qui m’a heurté à peu près aussi fortement que la toux elle-même, c’est un petit vocable qui, pour moi, est un des points d’ancrage d’une régression sociale persistante : Zhom !

Zhom!

Cette locution prétendument affectueuse, qui fleurit sur bon nombre de forum féminisés mais non-féministes, désigne on l’aura compris le compagnon, le conjoint, le papa, bref l’entité masculine du foyer. Au passage, il semblerait que la communauté de vie soit une condition de l’apparition de ce vocable (peur des représailles avec le copain « non-installé » peut-être ?).

on pourrait, pour prendre la défense des utilisatrices acharnées de ce mot, arguer du fait que c’est une déformation, bêtifiante mais explicable, de l’expression « mon homme », sur laquelle il y aurait aussi beaucoup à dire en termes de soumission à la puissance masculine et la fierté qu’on aurait à en posséder un exemplaire à la maison. Mais dans le cas qui nous occupe il y a pire : on ne parle pas de « mon Zhom », mais de Zhom tout court. Exemple : « j’attends l’avis de Zhom », ou encore « Zhom n’est pas là », « Zhom ne veut pas se lever la nuit pour nourrir bb1 » (ce que le pépé et la gygy désapprouvent collégialement), …

Donc voilà le véritable problème : par l’absence d’article ou de pronom possessif, Zhom devient une chose, un objet qu’on se doit de posséder et sur lequel on pourra cristalliser une légitime fascination, de bon aloi quand on est une femme.  L’ordre des choses, au top de sa forme. Et de surcroît, parfaitement hétérocentré.

A ceci près que, seul indice d’émancipation, la femme construit elle-même son rapport de soumission à Zhom. Et comme on ne lui demande pas son avis, Zhom devient en conséquence lui aussi asservi. Ce dernier argument reste tout de même assez théorique : je soupçonne une partie de ces femmes de chosifier Zhom sans que celui-ci soit au courant.

J'aime quand Zhom fume la pipe...

Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il n’existe pas (à ma connaissance en tous cas) de terme équivalent pour désigner la femme, la copine, la conjointe… troublante asymétrie, qui confirme que les mots, en tant que véhicules des représentations, sont à la fois l’image et le siège du problème.

Et qu’il appartient donc aux hommes comme aux femmes de faire le ménage là-dedans, ensemble, et surtout de ne pas proroger par une armée de barbarismes ce navrant rapport de subordination.

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2 réflexions sur “Zhom!

  1. Effectivement je vois sur le web ce mot ( utilisé par des françaises qui copie ou du moins des filles sensibles influençable oué la même qui demain peut parler italien, dom tom ou autre si elle fréquente une personnes autre culture..

    Effectivement zhom est affreux comme mot c’est d’un ringard de voir les françaises l’utilisaient ..du moins au moins ca permet de voir de suite la mentalité de la fille et son rang social aussi .

    Bien vu le coup de la fille qui cherche a se faire elle meme soumission mais qui veut faire une chose de son zhom fille soumise d’un coté mais a fort caractère de l’autre ..

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