Défaut d’hospitalité

[Avertissement au lecteur : ce texte a été écrit entre les deux tours des élections régionales 2015. J’avais renoncé à le publier pour différentes raisons. Mais vu l’évolution de l’action politique depuis le scrutin, et particulièrement dans les régions, …]

Ainsi donc, une nouvelle fois, la France serait malade du Front National. Dans un double bind qui fait long feu, on dramatise le problème tout en minorant la cause. On se force à croire, jusqu’à l’absurde, au vote de rejet, à la protestation épidermique. Lire la suite

Corps intermédiaires

En travers du chemin. C’est ce qui ressort en premier de cette notion de « corps intermédiaires ». Cette impression est renforcée, du fait de la détestation manifestée par ceux qui ont exhumé le terme. Le chemin entre l’initiation et la destination serait donc jonché d’embûches inopportunes, nommées ici « corps intermédiaires ».

L’idée de la paralysie et de la stagnation est tellement ancrée dans les têtes aux côtés des vocables « crise », « récession », « austérité », « sacrifice » et on en passe, qu’on souscrirait volontiers, assez spontanément, à cette idée, sans même s’interroger sur la (les) nature(s) de ces corps intermédiaires. On en oublierait même de s’interroger sur la nature de ce chemin dont on parle, et qui serait si fortement obstrué.

L’on pourrait situer l’analyse sur un plan strictement politicien, mais on devine ici facilement, après plusieurs mois de campagne électorale, que l’asphyxie guetterait et s’ajouterait ainsi à l’obstruction. On manque d’air rien qu’à y penser. Le seul point sur lequel chacun pourrait s’entendre, c’est « qu’on n’est pas arrivés ».

Alors peut-être vaut-il mieux éviter d’élargir l’angle de vue, et le centrer sur le corps, à la fois épicentre de tout débat et notion relativement objective. Si l’on reprend l’idée que le corps intermédiaire se situe entre l’initiateur, ici nommé le Pouvoir, et le destinataire, ici nommé le Citoyen, on peut déduire la chose suivante : être destinataire final, c’est être en attente de réception et donc, par définition, statique.

Tanzt, sonst sind wir verloren

Tanzt, sonst sind wir verloren

Prenons l’exemple du spectacle vivant, exemple de parti pris revendiqué. Le monde du spectacle, voilà un bel exemple de corps intermédiaire, souvent nommé « privilégié », « fainéant », « profiteur », « inutile » ou même tout à la fois. Mais on évitera, c’était l’engagement de ce texte, l’aspect strictement politicien pour s’en tenir au corps.
Dans cette optique, on pourra dire que le corps du destinataire, présumé inerte par fonction, est appelé dans le meilleur des cas à subir, à son corps défendant ou non, une modification de son état. Il faut pour cela que quelque chose, ou plus sûrement quelqu’un, vienne le faire vibrer, voire bouger. C’est là le grand pouvoir de ces corps intermédiaires que sont les danseurs, auquel on peut ajouter les comédiens qui ne limitent pas aux mots l’exercice de leur art.
Le corps intermédiaire est donc celui qui a le pouvoir de faire bouger le corps destinataire. CQFD.

De là une généralisation, certes rapide, mais qui a vocation de profession de foi citoyenne : affirmons la qualité d’être intermédiaire, passants. Ni au sommet d’un pouvoir désespérément central, ni consommateur final et passif. Soyons tous intermédiaires d’un projet collectif ou aucune place n’est meilleure qu’une autre, où seuls différeraient les emplacements.

Affirmons la possibilité de changer de place en fonction des circonstances : soyons tantôt initiateurs, tantôt intermédiaires, tantôt destinataires. Dans une démocratie repensée comme horizontale (toute autre forme n’est-elle pas anormale ?), affirmons, en détournant une expression bien connue pour lui donner plus d’ambition, que « nous sommes toujours le destinataire de quelqu’un ».

La vie c’est siffler (la fin de la récréation)

Qui ne se souvient de cette légère frustration ressentie au moment où la cloche retentit, et met fin à l’éphémère moment bi-quotidien où, enfants, nous échappions pour quelques minutes aux règles énoncées ? gros mots, batailles, parler tous en même temps, crier, … Le défoulement avait le goût d’une transgression sans conséquences dont nous jouissions pleinement.

Est-ce de la même transgression dont il s’agit, quand des élus rivalisent de bassesse, cherchant l’affront pour nourrir l’affrontement jusqu’à ce que le chef « siffle la fin de la récréation », selon l’expression que se plaisent à répéter les journalistes ?

Où est la transgression, quand la division s’expose au vu et au su de millions de spectateurs, trop heureux de voir un peu d’animation ? Que signifie cette gratuité du jeu, normale chez les enfants et suspecte ici ? Ca résumerait ainsi la démocratie : la valetaille peut bien s’agiter au nom d’une nécessaire liberté d’expression, il n’y aura aucune autre rétribution démocratique à tout cela que d’avoir montré sa bouille et son mauvais caractère devant la caméra.

A la fin le maître , invariablement, « siffle la fin de la récréation ». On ne peut pas échapper à ce sifflement lorsqu’il se produit, alertés par la symphonie de gargarismes que produit l’expression dans la gorge d’éditorialistes pompeux…

Clivant…

Depuis qu’on proclame la fin du clivage droite-gauche, il est devenu moins important d’analyser les idées et convictions avancées par chaque camp que de savoir si les dites idées créent ou non un clivage. Tout est conçu puis analysé en fonction de ce résultat : alors, ça clive ou ça ne clive pas ?

En temps de crise, on tente parfois l’union nationale, qui est le contraire du clivage. On peut le comparer à la politique d’ouverture de l’actuelle majorité en France, dont l’intention et le résultat étaient de cliver à mort, avec le bonus d’émietter le camp d’en face.

A défaut de penser, clivons, clivons, il en restera toujours quelque chose…

Savoir (les français doivent-)…

Le savoir en politique n’est évoqué que d’une manière un peu particulière : est-ce par excès de modestie que les hommes et femmes politiques parlent rarement de ce qu’ils savent eux-même ? En tous les cas, penseraient-ils le contraire, ils affirment rarement savoir quelque chose.

En revanche, ils n’hésitent jamais à informer leurs interlocuteurs, journalistes ou adversaires, de ce que sait le reste de la population. C’est le fameux « les français savent bien que… ». Il arrive même que le peuple soit crédité d’une certaine intelligence, au point d’affirmer que « les français comprennent que… ».

Variante possible : il est possible que les français ne soient pas encore au courant de ce que dit l’homme ou la femme politique. On dit alors que « les français doivent savoir » ou que « les français doivent comprendre ». Dans tous les cas, il sera question de vérité, car « on ne peut pas mentir aux français ».

Dans le premier cas, celui qui énonce ce que savent et comprennent les français constate, ô miracle, et dans 100% des cas, qu’il est en phase avec eux. Par là-même, ça renvoie au fait que les français ne seront pas dupes des arguments de l’adversaire, forcément posés comme invalides ou fourbes. Le but est ici de décrédibiliser l’autre en se parant de la légitimité artificielle d’un nombre considérable de partisans fictifs.

Dans le deuxième cas, celui qui incite les français à comprendre et à savoir veut laisser penser qu’il est bien courageux de dire la Vérité, avec un grand « V », contrairement bien sûr à ses contradicteurs, prisonniers par faiblesse ou rouerie d’inexcusables mensonges.

Heureusement, les français savent bien que si le silence est d’or, cette parole est faite du même bois que la langue qui la prononce. Et naturellement, les français doivent comprendre que tant de certitudes proclamées sont moins la marque d’une force que d’une insupportable impuissance…

L’hommage aux morts

La partition est connue d’avance, par les musiciens autant que par le public avidement mélomane de cette musique. Pourtant, et c’est là qu’on voit les miracles de l’interprétation: au delà de l’apparent unisson de l’unanimité se révèlent les solistes, souvent pour le pire il faut bien l’avouer. Et l’on s’étonne que l’unisson résiste à la médiocrité des tentatives de chacun pour se distinguer… Franchement, je préfère me taire…