L’hommage aux morts

La partition est connue d’avance, par les musiciens autant que par le public avidement mélomane de cette musique. Pourtant, et c’est là qu’on voit les miracles de l’interprétation: au delà de l’apparent unisson de l’unanimité se révèlent les solistes, souvent pour le pire il faut bien l’avouer. Et l’on s’étonne que l’unisson résiste à la médiocrité des tentatives de chacun pour se distinguer… Franchement, je préfère me taire…

La mort du père Noël.

La pièce aurait commencée comme ça : on annonçait la mort du père Noël, un 25 décembre, à l’aube. Deux parents, convenables et bien sous tout rapports, auraient échangés l’étendue de leur perplexité. Ils n’y croyaient pas, au père Noël. Ou plus, ce qui revenait au même. Mais la radio l’annnonçait, la télé aussi : tous les médias sérieux, alors comment croire à une mauvaise blague ? Que faire avec les enfants ? Les parents soucieux de l’équilibre des enfants craignaient un compréhensible, un prévisible dépit.

A l’embarras aurait vite succédé les questions de fond : mort ou vif, ce père Noël n’existait pas, c’était une invention d’adulte pour tenir les enfants en respect dans un monde où il se perd, le respect, dévalué jusqu’à la chair du mot lui-même. Peut-être, sûrement même, pour notre plus grand et cruel plaisir, les conjoints se seraient entre-déchirés à coup de reproches assassins, se renvoyant la responsabilité d’avoir inculqué une pareille croyance aux enfants, se mordant mutuellement et jusqu’au sang les doigts d’avoir cédé à pareille facilité. Sûrement l’histoire aurait fini, le vin étant tiré et le calice bu jusqu’à la lie, par une séparation, la mort du jovial bonhomme rouge servant de détonateur à la bombe latente de désamour qui sommeillait dans le couple.

C’est une histoire, tordue à souhait, qu’aurait pu écrire Harold Pinter, un 25 décembre amer. Mais à la place il est mort. Un 25 décembre. Ultime pied de nez. Les sponsors du père Noël peuvent dormir tranquille.