Savoir (les français doivent-)…

Le savoir en politique n’est évoqué que d’une manière un peu particulière : est-ce par excès de modestie que les hommes et femmes politiques parlent rarement de ce qu’ils savent eux-même ? En tous les cas, penseraient-ils le contraire, ils affirment rarement savoir quelque chose.

En revanche, ils n’hésitent jamais à informer leurs interlocuteurs, journalistes ou adversaires, de ce que sait le reste de la population. C’est le fameux « les français savent bien que… ». Il arrive même que le peuple soit crédité d’une certaine intelligence, au point d’affirmer que « les français comprennent que… ».

Variante possible : il est possible que les français ne soient pas encore au courant de ce que dit l’homme ou la femme politique. On dit alors que « les français doivent savoir » ou que « les français doivent comprendre ». Dans tous les cas, il sera question de vérité, car « on ne peut pas mentir aux français ».

Dans le premier cas, celui qui énonce ce que savent et comprennent les français constate, ô miracle, et dans 100% des cas, qu’il est en phase avec eux. Par là-même, ça renvoie au fait que les français ne seront pas dupes des arguments de l’adversaire, forcément posés comme invalides ou fourbes. Le but est ici de décrédibiliser l’autre en se parant de la légitimité artificielle d’un nombre considérable de partisans fictifs.

Dans le deuxième cas, celui qui incite les français à comprendre et à savoir veut laisser penser qu’il est bien courageux de dire la Vérité, avec un grand « V », contrairement bien sûr à ses contradicteurs, prisonniers par faiblesse ou rouerie d’inexcusables mensonges.

Heureusement, les français savent bien que si le silence est d’or, cette parole est faite du même bois que la langue qui la prononce. Et naturellement, les français doivent comprendre que tant de certitudes proclamées sont moins la marque d’une force que d’une insupportable impuissance…