Eviction

Certains mots en « -tion » ont, par la fin de leur course, le tranchant et la brutalité de la guillotine. Le caractère définitif n’échappe pas. On sent bien que quelque chose ici s’est brisé et ne se recollera pas. Ainsi l’effraction par laquelle les socialistes ont, selon François Baroin, pris le pouvoir en 1997. Ainsi la « Fraction Armée Brune« , surnom donné par la presse aux néo-nazis issus de l’ex DDR : la fraction montre bien la fracture entre « eux » et « nous », au point qu’on en oublie de se demander qui est « eux » : une fraction, quelle que soit sa couleur, n’est jamais que l’unité de mesure (l’étalon vide majoritaire dirait Deleuze) d’une Allemagne de l’Ouest qui dit s’être réunifiée et pense en son for intérieur s’être simplement agrandie.

Il en va de même pour le fameux « plus jamais ça » qui, certes, ne rime pas en -tion mais nous ramène au mot évoqué dans le titre :  ainsi l’éviction des députés de Paris, sacrifiés sur l’autel des calculs électoraux et des parachutages (le tour de ce mot viendra), dont le Président du Crif ne peut s’empêcher de remarquer qu’ils présentent un point commun : leur judéité (notons que, les mots en -té désignant en général la qualité de l’objet dont elle parle, on accordera volontiers et d’avance aux personnes en question toutes les qualités, par peur des représailles). Les mots sont ici tellement coupants et le soupçon d’antisémitisme (aah, les -ismes) si manifeste que l’éviction des sus-nommés députés juifs de Paris dessinerait pour la société parisienne toute entière une véritable éviscération.

Je me permettrai modestement de proposer, à l’aune du cruel démenti publié par les « victimes » un habile glissement des mots en -tion vers mots en -sion : car même la division, si elle désigne une séparation potentiellement définitive, n’a pas l’heur de suggérer l’idée d’un bourreau et d’une victime. On y gagnera à coup sûr en… cohésion.

 

Occupation bourgeoise

Il ne faut pas rompre l’occupation bourgeoise par des bruits d’altérité négroïde. Jamais. Pas ici. Pas maintenant. Vincennes. La propriété c’est le vol, mais quand des propriétaires dérobent à un autre propriétaire le droit de jouir de son bien, alors la propriété c’est le viol.

Et pendant que la rafle se passe ici et maintenant, les bourgeois se rengorgent de la mémoire d’une autre rafle morte, enterrée et toujours profanée au nom de la mémoire. Il n’y a qu’une photo de cette rafle-là : pratique pour les bourgeois, qui peuvent par procuration se trouver beaux sur les photos qui n’existent plus.

Il disent pieusement « Plus jamais ça » (cette chose indéfinie sans photo), mais ils font toujours et encore cette chose qui, au présent, ne dérange personne.

Merde aux bourgeois sans mémoire immédiate, et que crève cette bonne conscience à vide qui salope le présent.

Post-scriptum : dehors, les roses Bosch !

(De quoi il retourne)