Pas d’autre Shoah…

… que de parler d’autre chose : Je me souviens, je me souviens, je me souviens, c’est semble-t-il par la méthode Coué qu’on entend saisir enfin cette maudite mémoire. Pour qu’elle ne puisse plus s’échapper , c’est là le seul moyen : la mémoire captive, pour que « Plus jamais ça », cette expression qui n’a même plus besoin d’être accordée au reste de la phrase. Qui pourrait devenir un verbe : nous plusjamaisçassons à tour de bras, à perdre haleine, sans nous arrêter. Sans réfléchir. Sans réfléchir à l’absurdité de rendre captive, pour l’empêcher de disparaître, une mémoire qui parle de captivité.

Et l’on enrôle pour ça les enfants ! Cette tâche est-elle devenue si désespérée, que l’on soit tenté d’y mêler des enfants-soldats, geôliers innocents forcés de surveiller des âmes qui n’aspirent qu’à la tranquillité ? Comment appelle-t-on, en quels termes réprobateurs, ceux qui enrôlent malgré eux des enfants innocents, en s’appropriant leur imaginaire par l’action de les soumettre ?

L’urgence factice du présent dicte cette funeste agitation ; urgence pour la mémoire. Mais les enfants n’ont pas à répondre de l’urgence du présent, tant que les adultes parviennent encore à garder la raison. Garder la raison, ne pas perdre le sens commun, le sens du commun : c’est là-dessus qu’il faudrait se concentrer ; pour les enfants, mais sans les enfants.

Les enfants ne voient pas la même chose que nous dit une publicité qui vend de la vigilance. C’est sûrement vrai, alors laissons-leur une chance de faire mieux. Le Plus jamais ça est en partie contenu dans la paix qu’on leur accorde.