Spread !

Tiens, est-ce que ce blog aurait l’ambition de traquer les mots à rien de la politique étrangère ? Que nenni ! Spread est un mot, sinon français, utilisé couramment et même de façon assommante en France Métropolitaine. D’ailleurs, on ne parle pas ici du spread à l’anglaise, mais bien du « sprède ».

La préoccupation du moment donc, c’est le spread franco-allemand sur la dette. Kesako ? Pas grand-chose de neuf rassurons-nous : le spread désigne seulement un écart. Alors oui, l’écart se creuse entre le niveau respectif des dettes allemandes et françaises. Mais pourquoi ne pas le dire si simplement et en Français ?

La réponse coule de source, comme souvent avec les anglicismes : un mot qui claque permet en premier lieu de donner de l’assurance, même dans les cas les plus désespérés où la maîtrise des événements nous a échappé. Ensuite et surtout, ça permet de changer la focalisation. Si je parle de d’écart, je suis obligé de nommer l’objet qui se rapporte à cet écart. Ici on peut se contenter de dire que le problème, c’est le spread. Une manière intelligente de s’épargner les reproches de tous ceux qui n’iront pas chercher plus loin.

Ca permet en quelque sorte de créer un « gap…

AAA

Ca ressemble à un bégaiement, une impossibilité de progresser dans l’apprentissage de l’alphabet ; c’est devenu une incantation obsessionnelle, symbole d’un asservissement aux annonces fracassantes. Va-t-on garder le triple A ? La question a fini par suffire, sans qu’il soit nécessaire de se demander ce que ça implique. AAA (prononcez « Triple A »), PIB (prononcez « Pibe » sinon vous aurez l’air bête) et croissance (prononcez « croissance », de préférence avec un air inquiet), voilà qui suffirait à indiquer clairement dans quelle triple M on se trouve…

Même les (rares) critique reviennent à dire « c’est pas juste » : personne ne songe un seul instant à dire qu’il est ridicule de confier à des structures privées, dont l’objectif est par nature le profit, le soin de noter les politiques publiques ; autant confier aux pompes funèbres la tâche de nous garder en bonne santé ou mieux, faire bénéficier les médecins d’une rétro-commission sur les cercueils ; voilà très certainement une idée qui ferait beaucoup pour boucher le trou de la sécurité sociale…
AAAAA
Si, malgré l’amère austérité annoncée et le concours de gros yeux et mines graves des ministres, la menace d’une mauvaise note persiste, il sera toujours temps de former une Troïka d’andouilles, qu’on pourra avantageusement nommer triples Ânes. Car seul un trio d’andouille peut sauver la note : mieux encore, pour peu qu’on choisisse des membres capable de tirer les ficelles, cette Troïka d’andouilles assurément amusantes serait capables de nous obtenir un AAAAA.