Défaut d’hospitalité

[Avertissement au lecteur : ce texte a été écrit entre les deux tours des élections régionales 2015. J’avais renoncé à le publier pour différentes raisons. Mais vu l’évolution de l’action politique depuis le scrutin, et particulièrement dans les régions, …]

Ainsi donc, une nouvelle fois, la France serait malade du Front National. Dans un double bind qui fait long feu, on dramatise le problème tout en minorant la cause. On se force à croire, jusqu’à l’absurde, au vote de rejet, à la protestation épidermique. Lire la suite

Front Républicain (nie, nie, …)

Dans un régime parlementaire à la proportionnelle, on appelle ça une coalition. Ça se négocie et ça débouche sur un programme commun.

Dans un régime présidentiel au scrutin majoritaire, qui ne débouche sur rien d’autre qu’une élimination arithmétique, ça s’appelle un déni de démocratie. Ni plus ni moins.

La démocratie n’est pas à géométrie variable. Il faut accepter d’avoir mal au cul quand c’est nécessaire : ça donne beaucoup plus envie d’agir qu’en se cachant derrière un antifascisme de canapé.

Corps intermédiaires

En travers du chemin. C’est ce qui ressort en premier de cette notion de « corps intermédiaires ». Cette impression est renforcée, du fait de la détestation manifestée par ceux qui ont exhumé le terme. Le chemin entre l’initiation et la destination serait donc jonché d’embûches inopportunes, nommées ici « corps intermédiaires ».

L’idée de la paralysie et de la stagnation est tellement ancrée dans les têtes aux côtés des vocables « crise », « récession », « austérité », « sacrifice » et on en passe, qu’on souscrirait volontiers, assez spontanément, à cette idée, sans même s’interroger sur la (les) nature(s) de ces corps intermédiaires. On en oublierait même de s’interroger sur la nature de ce chemin dont on parle, et qui serait si fortement obstrué.

L’on pourrait situer l’analyse sur un plan strictement politicien, mais on devine ici facilement, après plusieurs mois de campagne électorale, que l’asphyxie guetterait et s’ajouterait ainsi à l’obstruction. On manque d’air rien qu’à y penser. Le seul point sur lequel chacun pourrait s’entendre, c’est « qu’on n’est pas arrivés ».

Alors peut-être vaut-il mieux éviter d’élargir l’angle de vue, et le centrer sur le corps, à la fois épicentre de tout débat et notion relativement objective. Si l’on reprend l’idée que le corps intermédiaire se situe entre l’initiateur, ici nommé le Pouvoir, et le destinataire, ici nommé le Citoyen, on peut déduire la chose suivante : être destinataire final, c’est être en attente de réception et donc, par définition, statique.

Tanzt, sonst sind wir verloren

Tanzt, sonst sind wir verloren

Prenons l’exemple du spectacle vivant, exemple de parti pris revendiqué. Le monde du spectacle, voilà un bel exemple de corps intermédiaire, souvent nommé « privilégié », « fainéant », « profiteur », « inutile » ou même tout à la fois. Mais on évitera, c’était l’engagement de ce texte, l’aspect strictement politicien pour s’en tenir au corps.
Dans cette optique, on pourra dire que le corps du destinataire, présumé inerte par fonction, est appelé dans le meilleur des cas à subir, à son corps défendant ou non, une modification de son état. Il faut pour cela que quelque chose, ou plus sûrement quelqu’un, vienne le faire vibrer, voire bouger. C’est là le grand pouvoir de ces corps intermédiaires que sont les danseurs, auquel on peut ajouter les comédiens qui ne limitent pas aux mots l’exercice de leur art.
Le corps intermédiaire est donc celui qui a le pouvoir de faire bouger le corps destinataire. CQFD.

De là une généralisation, certes rapide, mais qui a vocation de profession de foi citoyenne : affirmons la qualité d’être intermédiaire, passants. Ni au sommet d’un pouvoir désespérément central, ni consommateur final et passif. Soyons tous intermédiaires d’un projet collectif ou aucune place n’est meilleure qu’une autre, où seuls différeraient les emplacements.

Affirmons la possibilité de changer de place en fonction des circonstances : soyons tantôt initiateurs, tantôt intermédiaires, tantôt destinataires. Dans une démocratie repensée comme horizontale (toute autre forme n’est-elle pas anormale ?), affirmons, en détournant une expression bien connue pour lui donner plus d’ambition, que « nous sommes toujours le destinataire de quelqu’un ».