Anxiogène et Chronophage sont dans un bateau…

Et personne ne tombe à l’eau parce que la barque, véritable arche de Noé postmoderne, est suffisamment grande pour abriter le peu de mots nécessaires pour exprimer synthétiquement l’agrégat de nos peurs , fabriquées ou réelles.

La peur de ce que l’extérieur, l’autre, bref tout ce qui n’est pas moi va créer, générer (γεννάν), je la rejette sur l’objet au lieu de la prendre sur moi, grâce à un mot magique: Anxiogène. J’évite commodément de dire « j’ai peur », en disant simplement « c’est anxiogène »; l’objet coupable est alors doté quasi-ontologiquement de cette propriété anxiogène, tandis que l’affirmation habille celui qui l’énonce d’une force qu’il n’a pas.

On pourrait en dire autant des conséquences. parmi celles qui reviennent le plus souvent, l’association typique d’Anxiogène dans les moteurs de recherche est Chronophage. Apparemment, ce qui est anxiogène est chronophage par voie de conséquence. Mais l’inverse fonctionne : une activité chronophage peut résulter d’un environnement anxiogène, ou même être anxiogène en elle-même.

Chronophage : qui donc nous mange (φαγο, phagos) ce temps comme on nous mangerait la laine, c’est-à-dire sur le dos ? Nous serions donc à ce point victimes, et si peu responsables ?

Que l’on parle de ses peurs à soi ou de celles d’autrui, on devrait se méfier plus de l’étrange pouvoir de ces mots qui permettent, parfois sans qu’on s’en rende compte, de botter en touche…