Sommes-nous tous ?

Non, nous ne sommes pas tous des palestiniens, quoi qu’en disent les slogans des manifestations dans l’hexagone. Pas seulement parce que c’est faux sur le plan factuel; mais aussi et surtout parce que ce cri montre, en même temps que notre solidarité, l’étendue de notre impuissance. Nous pouvons prétendre l’être, être nombreux et même très nombreux à le faire, nous savons pertinemment que ça n’y changera rien.

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Łodz

« La scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part » (Alfred Jarry)

J’étais parti vers nulle part. Et je me suis rendu compte assez vite que, comme le disait Jarry, « nulle part est partout ». A l’arrivée, pas plus de père Ubu que de plombier. Mais Radek, Pawel, Tomasz, … Des visages, des envies… Et le poids d’une histoire qu’on sent lourde à chaque pas, jusque dans les cris de la fête où l’histoire se voudrait absente. Lire la suite

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#Hache

Comment dit-on « ligne Maginot » en anglais ? je suis presque sûr que ça se dit « ligne Maginot », la candeur teintée de ridicule étant souvent difficile à traduire. Une ligne Maginot, c’est tout l’effet que me fait cette nouvelle et très officielle recommandation : à la place de Hashtag (#motquiditbiencequilveutdire), il serait recommandé d’utiliser son équivalent français, « mot-dièse« . Lire la suite

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Zhom!

A force de chercher sans trouver une façon simple de faire entendre que le féminisme n’est pas un combat concernant (exclusivement) les femmes mais également les hommes, j’avais fini par abandonner à l’inéluctable et lente évolution des moeurs le soin de faire son oeuvre. Et puis… Lire la suite

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(Non) Mariage pour tous

Oui au mariage pour tous, à l’adoption pour tous. Egalité des droits pour les hétérosexuels !

Nulle erreur dans l’affirmation ci-dessus : ce qui m’importe égoïstement le plus dans l’adoption du mariage pour tous et l’homoparentalité, c’est ma pomme d’hétéro ! L’orientation sexuelle étant ce qu’elle est, un non-choix, et la majorité des hétérosexuels (surtout les plus virulents) n’ayant pas le courage de s’avouer qu’il s’en est parfois fallu de peu, je dois bien reconnaître à quel point je suis fatigué du poids exagéré que la norme hétérosexuelle fait peser sur cette communauté de hasard. Lire la suite

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Nous sommes tous…

… des enfants d’immigrés artistes syriens d’Amérique.

Il serait difficile de trouver une expression, appelons ça une manie verbale, qui réunisse autant de défauts et d’inconvénients. Que disons-nous, ou plutôt que dit une personne, ou au mieux un groupe de personnes, en criant au monde, ici matérialisée par un blog, une page Facebook, Tweeter ou encore la une d’un journal : « nous sommes tous des /victimes à choisir selon la saison et les événements/ » ?

Oui, oui, oui, bien sûr, ça veut dire « nous sommes tous solidaires de ceux qui ont mal, et nous sentons concernés au même titre qu’eux ». Ce n’est pas le sens qui pose problème, mais ce qu’il cache. Car si peu de monde va facilement clamer qu’il préfère la guerre à la paix, la violence à la concorde, le mal au bien, etc., il n’en reste pas moins qu’une telle déclaration soulève plusieurs problèmes qui, accumulés, finissent par rendre la formule indigeste.

En premier lieu, et c’est peut-être le problème de base, il faudrait toujours se méfier des formules à trous, celles qui sont si prêtes à l’emploi qu’il suffit de mettre le mot adéquat dans les pointillés pour que ça fonctionne. On comprend bien qu’il n’est besoin d’aucune pensée pour l’utiliser, ce qui est un problème, si tant est que le langage serve à bâtir des concepts, à véhiculer une pensée et à se faire comprendre. Ce « nous sommes tous… » est un peu le pendant, conjugué au présent de la barbarie, du « plus jamais ça » des bigots de l’holocauste: un truc vite dit qui énonce une chose semblant tout dire, et qui ne dit rien.

Le deuxième problème, lié au premier, est l’injonction: quand une ou plusieurs personnes crient au monde « Nous sommes tous des… », le destinataire n’a que deux choix : être d’accord et penser ou énoncer à son tour  la jésuitique, ou alors… ou alors quoi ? Parce qu’aucune pensée ne peut s’opposer à cette injonction. Au « nous sommes tous des américains » titre de l’édito de J.M Colombani le 10 septembre 2001, qu’opposer qui soit aussi efficace, et qui dirait en cinq mots, par exemple, « je ressens de la compassion pour les victimes des tours, mais en même temps, je ne peux m’empêcher de penser que cet attentat est également le résultat d’un double jeu dangereux trop longtemps joué par l’administration et les services de renseignements américains » ? Ben non, c’est trop long.

Et l’on voit bien, contrairement à ce que dit Colombani, la différence avec le fameux « Ich bin ein Berliner » de JFK : le « Je » fait toute la différence, ne concerne que l’intéressé (même si symboliquement il représente les USA) et empêche une utilisation systématique de la formule.

Et enfin, le problème de fond. Si l’on me dit, pour parler d’un carnage actuel « Nous sommes tous des citoyens syriens », je dis non. Non je ne suis pas un citoyen syrien, mes concitoyens non plus, et c’est tant mieux ! Pas par égoïsme, mais parce que c’est précisément le fait de n’être pas citoyen syrien qui nous permet d’espérer une quelconque efficacité : autrement, Bachar El-Assad serait le maître du monde.

Qu’aurait pensé Deleuze de cette formule, lui qui affirmait de façon lapidaire que la notion de droits de l’homme est complaisante, voire débile, et ne produit rien pour les personnes qui auraient besoin qu’on défende leurs droits. C’est pourquoi il préférait à la justice la jurisprudence, seule à même d’être créatrice de droit. Cette jurisprudence, qui doit selon lui être confiée à des citoyens plutôt qu’à « un comité des sages, moral et pseudo-compétent ».

Toute la question est de savoir si l’on veut, en tant que citoyen, exercer notre pouvoir, ou se contenter d’affirmations de solidarité impuissantes et vides…

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