Conditionnel passé

cimetière juif

Il y a des mots comme ça, qui fleurissent, s’imposent, jusqu’à devenir une évidence. L’évidence, c’est quand on cesse d’interroger l’objet parce que son sens est compris et accepté par tous. Mais on oublie parfois de se demander quel est ce sens et qui est ce « tous » ?

Ainsi pour Nazislamiste (ou islamo-nazis).

Le sens compris par tous est ici l’horreur absolue représentée par les mouvances islamistes radicales. « Islamiste radical » est d’ailleurs sûrement un pléonasme : un islamiste modéré, ça n’existe pas. Ca s’appelle un musulman, dont la religion est l’Islam, sans le « -iste » (ah les -ismes !). Alors donc ce sont, si on analyse, des nazis au service de l’islam radical. Et l’on voit poindre le problème. Qu’est-ce qu’un nazi ? Question inutile : « Nazi », c’est évident, c’est le mal absolu, le diable, la volonté d’exterminer, … Mais on fait fi en s’en tenant là de l’objectif, du mode opératoire, bref de tout ce qui différencie un nazi d’un autre exterminateur abject. Et on a bien tort. Parce qu’en ajoutant à la cible associée des « qualités » qu’elle n’a pas, on lui enlève également celles qui lui sont propres. Et par là-même, on se trompe. Sur le sens, et donc sur les solutions. NAZIslamistes, ça permet de dire qu’on est en guerre. C’est pratique.

« Nazislamiste », n’est pas un terme maladroit : c’est au contraire un moyen bien pratique de redessiner les territoires. Les nazis d’Europe (nous donc, les Allemands et tous les Etats qui ont collaboré) c’est fini. Maintenant le nazisme est à l’extérieur de nous. Ce genre de mot ne définit rien : il désigne.

Ici, on désigne le bien (nous) et le mal (eux), comme si cela correspondait à une géographie territoriale. « Nazislamiste », ça permet de fédérer ceux qui ont peur, ceux qui haïssent (ce sont parfois les mêmes), et tout ça au nom d’une entité qu’on appellera nation, civilisation, démocratie, république, … Et le meilleur, c’est que chacun pourra par devers lui fixer la taille de cet empire du mal, tout en se défendant de généraliser, de confondre.

Si, pour appliquer le même principe, on parlait de « Nazisraéliens » pour désigner évidemment la minorité juive d’extrême-droite, tout en se défendant de tomber dans une généralisation sur les juifs, personne ne serait dupe, et à juste titre.

Les possibilités créatives basées sur ce principe sont infinies, et ne s’appliquent pas qu’aux promoteurs de la haine : ainsi, pour reprocher aux disciples les plus zélés du Dalaï-Lama de promouvoir à l’excès la tolérance entre les religions, on pourra volontiers parler de « Jusqu’au-bouddhistes ».

#Hache

Comment dit-on « ligne Maginot » en anglais ? je suis presque sûr que ça se dit « ligne Maginot », la candeur teintée de ridicule étant souvent difficile à traduire. Une ligne Maginot, c’est tout l’effet que me fait cette nouvelle et très officielle recommandation : à la place de Hashtag (#motquiditbiencequilveutdire), il serait recommandé d’utiliser son équivalent français, « mot-dièse« . Lire la suite

Zhom!

A force de chercher sans trouver une façon simple de faire entendre que le féminisme n’est pas un combat concernant (exclusivement) les femmes mais également les hommes, j’avais fini par abandonner à l’inéluctable et lente évolution des moeurs le soin de faire son oeuvre. Et puis… Lire la suite

Corps intermédiaires

En travers du chemin. C’est ce qui ressort en premier de cette notion de « corps intermédiaires ». Cette impression est renforcée, du fait de la détestation manifestée par ceux qui ont exhumé le terme. Le chemin entre l’initiation et la destination serait donc jonché d’embûches inopportunes, nommées ici « corps intermédiaires ».

L’idée de la paralysie et de la stagnation est tellement ancrée dans les têtes aux côtés des vocables « crise », « récession », « austérité », « sacrifice » et on en passe, qu’on souscrirait volontiers, assez spontanément, à cette idée, sans même s’interroger sur la (les) nature(s) de ces corps intermédiaires. On en oublierait même de s’interroger sur la nature de ce chemin dont on parle, et qui serait si fortement obstrué.

L’on pourrait situer l’analyse sur un plan strictement politicien, mais on devine ici facilement, après plusieurs mois de campagne électorale, que l’asphyxie guetterait et s’ajouterait ainsi à l’obstruction. On manque d’air rien qu’à y penser. Le seul point sur lequel chacun pourrait s’entendre, c’est « qu’on n’est pas arrivés ».

Alors peut-être vaut-il mieux éviter d’élargir l’angle de vue, et le centrer sur le corps, à la fois épicentre de tout débat et notion relativement objective. Si l’on reprend l’idée que le corps intermédiaire se situe entre l’initiateur, ici nommé le Pouvoir, et le destinataire, ici nommé le Citoyen, on peut déduire la chose suivante : être destinataire final, c’est être en attente de réception et donc, par définition, statique.

Tanzt, sonst sind wir verloren

Tanzt, sonst sind wir verloren

Prenons l’exemple du spectacle vivant, exemple de parti pris revendiqué. Le monde du spectacle, voilà un bel exemple de corps intermédiaire, souvent nommé « privilégié », « fainéant », « profiteur », « inutile » ou même tout à la fois. Mais on évitera, c’était l’engagement de ce texte, l’aspect strictement politicien pour s’en tenir au corps.
Dans cette optique, on pourra dire que le corps du destinataire, présumé inerte par fonction, est appelé dans le meilleur des cas à subir, à son corps défendant ou non, une modification de son état. Il faut pour cela que quelque chose, ou plus sûrement quelqu’un, vienne le faire vibrer, voire bouger. C’est là le grand pouvoir de ces corps intermédiaires que sont les danseurs, auquel on peut ajouter les comédiens qui ne limitent pas aux mots l’exercice de leur art.
Le corps intermédiaire est donc celui qui a le pouvoir de faire bouger le corps destinataire. CQFD.

De là une généralisation, certes rapide, mais qui a vocation de profession de foi citoyenne : affirmons la qualité d’être intermédiaire, passants. Ni au sommet d’un pouvoir désespérément central, ni consommateur final et passif. Soyons tous intermédiaires d’un projet collectif ou aucune place n’est meilleure qu’une autre, où seuls différeraient les emplacements.

Affirmons la possibilité de changer de place en fonction des circonstances : soyons tantôt initiateurs, tantôt intermédiaires, tantôt destinataires. Dans une démocratie repensée comme horizontale (toute autre forme n’est-elle pas anormale ?), affirmons, en détournant une expression bien connue pour lui donner plus d’ambition, que « nous sommes toujours le destinataire de quelqu’un ».

Realpolitik

Lu au détour d’un article-hommage à Danielle Mitterrand : « Au président, la realpolitik ; à son épouse, le militantisme et l’idéalisme, à gauche toute ».

Realpolitik : ça claque, c’est beau comme une Troïka au galop. Un mot étranger qui a la qualité d’être compris, d’exprimer énormément. Tellement expressif qu’on en oublierait presque que la lucidité et le courage dont le mot pare celui qui la pratique, n’est que le faux-nez d’un ineffable manque de courage politique…

Spread !

Tiens, est-ce que ce blog aurait l’ambition de traquer les mots à rien de la politique étrangère ? Que nenni ! Spread est un mot, sinon français, utilisé couramment et même de façon assommante en France Métropolitaine. D’ailleurs, on ne parle pas ici du spread à l’anglaise, mais bien du « sprède ».

La préoccupation du moment donc, c’est le spread franco-allemand sur la dette. Kesako ? Pas grand-chose de neuf rassurons-nous : le spread désigne seulement un écart. Alors oui, l’écart se creuse entre le niveau respectif des dettes allemandes et françaises. Mais pourquoi ne pas le dire si simplement et en Français ?

La réponse coule de source, comme souvent avec les anglicismes : un mot qui claque permet en premier lieu de donner de l’assurance, même dans les cas les plus désespérés où la maîtrise des événements nous a échappé. Ensuite et surtout, ça permet de changer la focalisation. Si je parle de d’écart, je suis obligé de nommer l’objet qui se rapporte à cet écart. Ici on peut se contenter de dire que le problème, c’est le spread. Une manière intelligente de s’épargner les reproches de tous ceux qui n’iront pas chercher plus loin.

Ca permet en quelque sorte de créer un « gap…

Parachutage

« Le parachutage est délétère pour la démocratie » (Bertrand Delanoë)

Le Maire de Paris parle ici d’une pratique répréhensible en général, mais on comprend aisément que c’est Paris qui est ici l’objet de ses préoccupations.

En premier lieu, on peut être sûr que le parachutisme, pratiqué au-dessus de Paris, serait délétère pour la santé, ville où être simple piéton est déjà une aventure en soi. Mais le parachutage ? il faut noter que le reproche est adressé, non au parachutiste mais à celui qui lui demande de sauter là. Ca évite d’en faire une question de personne.

Parce que si on parle des personnes, on est obligé de rentrer dans le sujet, constater qu’au prétexte du lien que les personnes ont tissé de façon méritoire avec les électeurs, cela justifierait qu’ils restent ad vitam, jusqu’à la défaite ou la retraite. C’est un principe de baronnies, conséquence logique de la regrettable professionnalisation du personnel politique sclérose la vie démocratique.

Dès lors, et quel que soit le lieu ou la couleur politique, on peut imaginer le parachutage sous deux angles distincts : il relève soit de la conquête d’un territoire ennemi, une volonté d’agrandir son territoire, soit d’une nécessité de passer par les airs faute de bénéficier au sol de voies d’accès accessibles à tous…

Eviction

Certains mots en « -tion » ont, par la fin de leur course, le tranchant et la brutalité de la guillotine. Le caractère définitif n’échappe pas. On sent bien que quelque chose ici s’est brisé et ne se recollera pas. Ainsi l’effraction par laquelle les socialistes ont, selon François Baroin, pris le pouvoir en 1997. Ainsi la « Fraction Armée Brune« , surnom donné par la presse aux néo-nazis issus de l’ex DDR : la fraction montre bien la fracture entre « eux » et « nous », au point qu’on en oublie de se demander qui est « eux » : une fraction, quelle que soit sa couleur, n’est jamais que l’unité de mesure (l’étalon vide majoritaire dirait Deleuze) d’une Allemagne de l’Ouest qui dit s’être réunifiée et pense en son for intérieur s’être simplement agrandie.

Il en va de même pour le fameux « plus jamais ça » qui, certes, ne rime pas en -tion mais nous ramène au mot évoqué dans le titre :  ainsi l’éviction des députés de Paris, sacrifiés sur l’autel des calculs électoraux et des parachutages (le tour de ce mot viendra), dont le Président du Crif ne peut s’empêcher de remarquer qu’ils présentent un point commun : leur judéité (notons que, les mots en -té désignant en général la qualité de l’objet dont elle parle, on accordera volontiers et d’avance aux personnes en question toutes les qualités, par peur des représailles). Les mots sont ici tellement coupants et le soupçon d’antisémitisme (aah, les -ismes) si manifeste que l’éviction des sus-nommés députés juifs de Paris dessinerait pour la société parisienne toute entière une véritable éviscération.

Je me permettrai modestement de proposer, à l’aune du cruel démenti publié par les « victimes » un habile glissement des mots en -tion vers mots en -sion : car même la division, si elle désigne une séparation potentiellement définitive, n’a pas l’heur de suggérer l’idée d’un bourreau et d’une victime. On y gagnera à coup sûr en… cohésion.

 

La vie c’est siffler (la fin de la récréation)

Qui ne se souvient de cette légère frustration ressentie au moment où la cloche retentit, et met fin à l’éphémère moment bi-quotidien où, enfants, nous échappions pour quelques minutes aux règles énoncées ? gros mots, batailles, parler tous en même temps, crier, … Le défoulement avait le goût d’une transgression sans conséquences dont nous jouissions pleinement.

Est-ce de la même transgression dont il s’agit, quand des élus rivalisent de bassesse, cherchant l’affront pour nourrir l’affrontement jusqu’à ce que le chef « siffle la fin de la récréation », selon l’expression que se plaisent à répéter les journalistes ?

Où est la transgression, quand la division s’expose au vu et au su de millions de spectateurs, trop heureux de voir un peu d’animation ? Que signifie cette gratuité du jeu, normale chez les enfants et suspecte ici ? Ca résumerait ainsi la démocratie : la valetaille peut bien s’agiter au nom d’une nécessaire liberté d’expression, il n’y aura aucune autre rétribution démocratique à tout cela que d’avoir montré sa bouille et son mauvais caractère devant la caméra.

A la fin le maître , invariablement, « siffle la fin de la récréation ». On ne peut pas échapper à ce sifflement lorsqu’il se produit, alertés par la symphonie de gargarismes que produit l’expression dans la gorge d’éditorialistes pompeux…

Responsable (pas très-)

C’est une des cartes vitales de la politique sociale : la carence ou le silence, les soins ou l’abstinence. Être malade et le dire est dépassé. Être pauvre et s’en contenter également. Tendre la main, c’est un manque de respect infligé à soi-même, un manque de sens des responsabilités. Au taf’ ces messieurs-dames !

Echantillon de gens responsables