Sommes-nous tous ?

Non, nous ne sommes pas tous des palestiniens, quoi qu’en disent les slogans des manifestations dans l’hexagone. Pas seulement parce que c’est faux sur le plan factuel; mais aussi et surtout parce que ce cri montre, en même temps que notre solidarité, l’étendue de notre impuissance. Nous pouvons prétendre l’être, être nombreux et même très nombreux à le faire, nous savons pertinemment que ça n’y changera rien.

Et si, à la place, nous étions tous des français, si nous le clamions plutôt que de le vivre comme un simple état de fait, est-ce que ça changerait quelque chose ? Déjà, avant d’apporter quoi que ce soit au conflit israélo-palestinien, ça aurait le mérite d’étouffer les clameurs d’extrême-droite : si tout le monde clame « nous sommes tous des français », alors il n’y a plus de hiérarchie. Et il n’y a plus de débat stérile sur la couleur des drapeaux qu’on agite les soirs de victoire sportive.

Être tous des français, c’est aussi revendiquer, ou plutôt assumer le déplaisir d’être tous ceux qui applaudissent la chasse aux roms, parce que ça nous rapproche des problématiques de filtrages des populations. Le déplaisir d’être ces gens qui hurlent sur les forums « salauds de juifs » ou encore « Bien fait ! Qu’ils crèvent ces arabes » depuis le déclenchement des frappes sur Gaza. Le déplaisir d’être Finkielkraut, d’être Zemmour, d’être tous ces gens qui théoriseront le bien-fondé, pardon la « malheureuse nécessité » d’une botte de soldat sur un crâne d’enfant. Le déplaisir d’être François Hollande, ce Président dont la faiblesse méprisable le pousse en toute hâte à se ranger unilatéralement, et par une déclaration publique, du bon côté des avions de chasse.

4 adolescents

« Nous sommes tous des Français », voici le cri d’alarme le plus à même d’aider, un peu, un tout petit peu, non seulement le peuple palestinien mais aussi tous les israéliens qui veulent la paix. C’est vrai également parce que ceux-là, ceux qui vivent au jour le jour et de très près ce conflit, ont besoin qu’on les libère du fardeau de ceux qui, parmi les juifs de France, font la guerre de loin pour pérenniser leur lieu de villégiature. J’ajouterai que dans ceux qui, en Israël, veulent la paix, tous n’aiment pas les palestiniens loin s’en faut. Mais ils ont non seulement compris qu’on ne fait pas la guerre éternellement, mais surtout qu’on ne fait la paix qu’avec son ennemi.

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