Łodz

« La scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part » (Alfred Jarry)

J’étais parti vers nulle part. Et je me suis rendu compte assez vite que, comme le disait Jarry, « nulle part est partout ». A l’arrivée, pas plus de père Ubu que de plombier. Mais Radek, Pawel, Tomasz, … Des visages, des envies… Et le poids d’une histoire qu’on sent lourde à chaque pas, jusque dans les cris de la fête où l’histoire se voudrait absente. Il doit en être de la quelconque Pologne comme du Danemark d’Hamlet : un ailleurs autrefois suffisamment lointain pour être imaginaire, que la modernité a rapproché bien trop pour que ça ait encore un sens.

Łodz

Ce rapprochement par assimilation, cette absorption de la différence par la similitude des vitrines, donne un sens bien différent à cet ailleurs, tend un miroir où la déformation aurait changé de camp : vu de Łodz, ma France, celle qui peine à penser le progrès social, celle qui retrouve une fierté en entrant dans la guerre, celle qui ne pense la politique qu’en termes d’oppositions stériles et dogmatiques, … Cette France que je regarde de loin ne m’a jamais paru aussi ubuesque dans la sophistication de son maquillage démocratique. Et je me prends à préférer la brutalité d’une Pologne qui n’a pas, au premier abord au moins, l’air de se prétendre plus démocratique et moderne qu’elle ne l’est. Ca fait une sacrée différence avec la Russie.

Ici, il devient difficile de penser l’Europe selon la logique automatique du « plus d’Europe c’est forcément mieux ». le long des murs décrépis qui jouxtent ceux, flambant neuf, des centres commerciaux, l’air de la bonne démocratie sûre d’elle-même se fait rare, les certitudes s’étiolent, toute prétention s’évapore. Il reste la réalité, nue.

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