Boules puantes

Elever la boule puante au niveau métaphorique pourrait tenir de la volonté de réhabiliter un objet connu de tous, apprécié au départ pour ses vertus comiques et pourtant honni à mesure que l’âge s’avance. Il est donc symbolique que ce soit les grands enfants de la République qui relancent à tour de bras les fameuses boules  au centre de l’arène politique. Et l’on remarquera que cette manie des boules puantes prospère de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.

 

L’on aurait pu se contenter de « rumeurs indignes », de « calomnies honteuses » et autres « viles attaques »… Mais se dire victime de ce genre de choses ne renvoie qu’à la blessure intime de la victime, éventuellement à la honte supposée couvrir l’auteur de l’attaque. On reste à dimension humaine, dans un affrontement saisissable. Le tout pourrait se régler matin, sur le pré, si les us républicains n’avaient mis sous le boisseau la charmante tradition.

 

La boule puante, c’est tellement mieux ! La boule puante, c’est d’abord un rapport de taille : tellement petite au départ, dont la petitesse traduit volontiers le caractère sournois et non-assumé. Et pourtant quel effet ! « le problème des boules puantes, c’est qu’elles finissent par empester la pièce »note Jean-Louis Borloo, grand spécialiste du problème olfactif.

Et puis l’avantage de la boule, c’est d’une part qu’elle contient tout entier la substance répréhensible, et d’autre part qu’une fois lancée, elle incommode toutes les personnes présentes,  y compris celui qui me questionne, intronisé victime collatérale.

Il est là, le magnifique tour de passe-passe : si je dis parle de « calomnies honteuses »,  je nie des faits et cherche à prouver mon innocence : il en restera toujours quelque chose. Si je dénonce les boules puantes, tout en soulignant le caractère infantile et mesquin de mon agresseur,  je fais également remarquer à mes contradicteurs que si ça pue là où je suis, c’est bien parce que des gamins irresponsables (et théoriquement trop vieux pour ça s’amusent au lieu de bosser).

 

En matière de boules puantes, il y a le nec plus ultra de la dérobade : quand, en plus d’employer cette expression vite ridiculisée par son emploi répété (je refuse « ringardisée » qui est un autre mot à rien sur lequel je reviendrai peut-être) , la cible prétend qu’à travers lui c’est un autre qui est visé.: Raffinement suprême, la cible de la boule, en dehors d’être innocente, paierait son statut subalterne. Le spectacle d’une telle modestie, souvent soudaine et de courte durée, est toujours un spectacle réjouissant.

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Une réflexion sur “Boules puantes

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