Réparer Auschwitz…

Réparer alors qu’ils s’écroulent les murs qu’on n’a pas réussi à détruire en temps utile… Drôle d’ironie de l’histoire: l’immunité, rien moins. Et l’éternité. C’est énorme, sans doute immérité, pour ces murs que les commanditaires de la folie avaient eux-mêmes voulus précaires.

Les murs de l’horreur, la boue, la végétation maintenue dans un désordre agencé; rien ne doit disparaître. Tel est le mot d’ordre. Pour ne pas oublier. Comme si l’on pouvait oublier. Comme si Auschwitz pouvait empêcher l’oubli.

Réparer Auschwitz, c’est une conjugaison d’insultes : insultes à ceux qui y sont morts sans avoir pu infliger aux murs d’autres blessures que les griffures de l’asphyxie. Insultes de l’humanité envers elle-même, incapable de se souvenir, croit-on, sans fétichisation des objets de mort.

Mais ce ne sont ni les dents, ni les cheveux, ni les chaussures ni même les jouets d’enfants que l’on entasse dans les baraquements muséifiés qui nous inoculeront la bactérie, bien vivante, de la honte et de la responsabilité. Dans un Auschwitz impeccablement entretenu, optimisé pour le tourisme de masse, le visiteur ne verra que du révolu, que l’impossibilité apparente du recommencement.

Abandonner Auschwitz à son écroulement naturel, ne donner à visiter que le spectacle de son épuisement disparaissant; telle serait peut-être la seule possibilité de donner à ressentir, à travers l’impossible réparation, l’inextinguible cri de ceux qui sont morts ici…

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